Liu Xiaobo : les pro-démocratie de Hong Kong pleurent un modèle d’engagement

Liu Xiaobo: Prix nobel de la paix

0
621
Liu Xiaobo, prix nobel de la paix

Les réactions affluent de toutes parts suite à la mort, jeudi 13 juillet 2017, du lauréat 2010 du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo. Des Chinois réagissent sur les réseaux sociaux. Dans la région administrative spéciale de Hong Kong, la mort de ce grand défenseur de la démocratie revêt une signification particulière.

« Liu était la conscience sociale de notre génération. La charte 08 qu’il a créée restera un monument dans la lutte pour la démocratie et la liberté. » Propos signé Albert Ho, président de l’Alliance pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques en Chine.

Albert Ho s’exprimait dans le cadre d’une veillée nocturne, qui s’est immédiatement organisée à Hong Kong lorsque la nouvelle de la mort de Liu Xiaobo est tombée, jeudi soir tard. Décédé le jour même, Liu Xiaobo était le premier prix Nobel de la paix chinois. Depuis plusieurs jours déjà, un « sit-in » demandant sa libération avait lieu devant le bureau de liaison chinois.

Le visage souriant de Liu Xiaobo, avec ses larges lunettes d’intellectuel, a souvent été en tête de file des manifestations pro-démocratie. Notamment en 2009, lorsqu’il fut condamné à 11 ans de prison pour sa Charte 08. Mais aussi cette année. Il y a deux semaines, lors de la visite du président Xi Jinping à Hong Kong, une veillée en plein cœur de Hong Kong avait eu lieu pour demander sa libération.

On se rappelle qu’en septembre et octobre 2014 à Hong Kong, une série de manifestations menées par des militants pro-démocratie, regroupés au sein du collectif Occupy Central with Love and Peace, avait chamboulé Pékin. Un mouvement resté célèbre sous le nom de « révolte des parapluies ».

« Il est mort de sa liberté et de sa dignité »

Il y a deux semaines, l’un des leaders du mouvement avait alors lancé, au milieu des slogans « Free Liu Xiaobo » : « Comment peut-on imaginer, comment peut-on croire, que ce Parti communiste qui traite ainsi un homme comme Liu Xiaobo va nous garantir nos libertés ? » Il restait alors l’espoir de voir cet homme libre mourir en liberté. Cela n’aura pas été le cas.

Ce vendredi 14 juillet 2017, un livre de condoléances a été ouvert et une nouvelle marche en l’honneur du lauréat 2010 du prix Nobel de la paix aura lieu samedi. En attendant, c’est sur les réseaux sociaux que les Hongkongais s’expriment. Les mêmes images sont postées quels que soient les supports. Notamment le portrait de Liu Xiaobo avec sa seconde femme Liu Xia, tous deux le crâne rasé, tout sourire.

Sur la page Facebook Tokit Channel – suivie par près de 300 000 personnes -, de l’un des commentateurs politiques les plus influents de Hong Kong, Chip Tsao a choisi de poster la fameuse chaise vide du prix Nobel de la paix lors de la cérémonie de remise du prix à laquelle Liu Xiaobo n’avait pas pu se rendre, en Norvège.

Parmi les centaines de réactions que l’on lit en dessous de ce post : « Liu Xiaobo n’est pas mort de son cancer. Il est mort de sa liberté et de sa dignité. » Ou encore : « Paix à toi Xiaobo, qui a eu le courage de t’opposer à la dictature et à l’injustice. » D’autres sont en colère : « Ce pays me dégoûte. Comment osent-ils faire cela à un homme pareil ? »

« Ton vœu non exaucé, c’est notre mission »

Certains internautes appellent à ne plus acheter de produits chinois en hommage à Liu Xiaobo, ou discutent le commentaire, rapporté sur la page Facebook de Apple Daily, d’un enfant de 7 ans qui aurait interpellé ses parents en leur demandant « pourquoi cet homme est-il mort en prison ? » « Qu’avait-il fait de mal ? »

L’une de ses célèbres phrases, « il n’y a rien de criminel dans ce que j’ai fait », est largement reprise sur les réseaux sociaux. Intéressant de noter qu’une autre de ses déclarations, « je n’ai pas d’ennemis », ne lui a pas apporté que des amis. Pour certains opposants au Parti communiste chinois, l’ennemi existe et il est important de l’identifier.

Les réactions sont nombreuses sur Twitter ou Wechat également. Joshua Wong, le jeune porte-drapeau de la nouvelle génération d’opposants politiques pro-démocratie à Hong Kong, a tweeté : « Nous allons faire tout notre possible pour continuer sa lutte pour la démocratie à Hong Kong et en Chine. »

Le journaliste hongkongais Kris Cheng mentionne que la Chine a rejoint l’Allemagne nazie dans la catégorie des régimes qui ont laissé mourir un prix Nobel de la paix en prison. Le message d’un autre ami basé à Pekin, Hu Jia, a été largement repris : « Je suis désolé Xiaobo. Je suis désolé. Ton vœu non exaucé est désormais notre mission. »

Ce vœu non exaucé, c’est celui d’une Chine démocratique.

LEAVE A REPLY